Mon Ange, résidences

Les résidences se succèdent pour notre prochaine création, Mon Ange.
36 du mois à Fresnes, Houdremont à la Courneuve, Anis Gras à Arcueil, bientôt La Grange Dimière à Fresnes, et nos premières à Anis Gras les 23 et 24 mars.
Il y a 7 mois, nous montions ces images, pistes de travail dont nous n’avons gardé que des traces. Elles sont néanmoins précieuses.

Matériaux pour l’adaptation de Mon Ange from Aurélie Vilette on Vimeo. JUIN 2015

Réalisation, montage : Aurélia Labayle

Interprètes : Aurélia Labayle, Aurélie Vilette, Lionel Banevitch

À l’issue d’une cession de travail de trois jours, nous montons les images filmées de nos recherches, axées sur la matière gestuelle et dansée du futur spectacle.

Je suis joyeux. Oh, bordel, je crois que je suis joyeux. Laisse-moi dire « je crois ».

Guillermo Rosales in Mon Ange

Matériaux de travail pour Mon Ange

Matériaux pour l’adaptation de Mon Ange from Aurélie Vilette on Vimeo.

Réalisation, montage : Aurélia Labayle

Interprètes : Aurélia Labayle, Aurélie Vilette, Lionel Banevitch

À l’issue d’une cession de travail de trois jours, nous montons les images filmées de nos recherches, axées sur la matière gestuelle et dansée du futur spectacle.

Je suis joyeux. Oh, bordel, je crois que je suis joyeux. Laisse-moi dire « je crois ».

Guillermo Rosales in Mon Ange

 

Nous explorons les objets cassés, supports de jeu pour évoquer les personnages du boarding home.

Nous tentons une peinture sur plastique. Nous aimerions que le geste de peindre soit présent quand le personnage de Francine apparaît.

Nous évoquons par le costume la présence des deux conteuse présentatrices, duo féminin, avec décidément deux silhouettes qui nous collent à la peau, en costumes scéniques comme à la ville. Une silhouette résolument féminine et une autre beaucoup plus androgyne.

Lionel Banevitch partage avec nous un heureux moments de plateau. Échanges autour des univers musicaux imaginés.

Nous travaillons des duos en danse contact que nous souhaitons utiliser pour la bagarre de Pépé et René, les deux handicapés mentaux.

Nous nous proposons un travail de construction d’image dansées avec les chaise.

Il fait beau, l’énergie de travail est géniale, petits bonheurs !

Mon Ange, résidence au Clastic théâtre

Aurélia Labayle et Aurélie Vilette poursuivent leur exploration et leur adaptation scénique du roman Mon ange de Guillermo Rosales dont elles nous avaient présenté les premières ébauches lors du précédent laboratoire.

Si le fauteuil qui servait à la figuration des différents personnages de ce roman a pour le moment quitté la scène, la piste des objets, d’une forme « d ‘objétisation » de ces même figures, est toujours au coeur de leurs interrogations. Chaises, Tube de médicament, boîte de conserve, instruments de musique servent tour à tour à évoquer un lieu ou à symboliser un des protagonistes. Le duo travaille tant sur la fonction d’usage de ces objets que sur leur capacité d’évocation. Ainsi le tube de médicament, utilisé en tant que tel devient un des patient du « boarding home » dans lequel évolue William Figueras.

Là où, lors de la précédente présentation, elles avaient exploré l’idée d’un duo de conteuses, de passeuses de textes, elles se confrontent désormais à leur propre solitude, chacune essayant de s’approcher au plus près d’une certaine incarnation : elles font vivre, elles donnent à voir les personnages évoluant dans cet univers, elles suggèrent parfois par un mouvement de main, par une voix modifiée mais elles se laissent traverser tant par les personnages que par les lieu. Un saxophone dont on joue devient alors à lui seul l’extérieur, la ville avec ses accents jazzy.

Ainsi leur exploration avance, elles nous proposent davantage de texte. Nous quittons pour la première fois le boarding home. Nous entrons un peu plus dans le parcours de William Figueras. Nous ne sommes plus dans le huis clos de la dernière fois. Cette ouverture, comme ce texte, nous propose un espace de possible qui laissera en suspens jusqu’à la prochaine présentation un « pourquoi ? ». Car ce qui reste au centre de ce travail est la raison pour laquelle ces corps de femme sur scène viennent nous raconter cette histoire qui semble résonner fortement chez les deux interprètes.

La suite au prochain Labo.

Rémy Deulceux

aurelia-labayle-mon-ange-2014-11©les-crayons

aurelia-labayle-mon-ange-2014-11-2©les-crayons

Mon Ange, septembre

Que retenir de cette semaine à Fresnes, de cette plongée dans l’écriture de Rosales ?
On avance à grandes enjambées dans la friche littéraire pour en dégager la structure :
– La narration.
– Les dialogues.
– Les rêves.
– Les déambulations.
– Les poèmes.

La question du théâtre d’objet est récurrente.
– Faut-il que chaque personnage soit représenté par un objet ?

Dans tous les objets apportés, l’un nous semble juste.
Un fauteuil en bois, auquel manque un accoudoir et l’assise

Il crée l’espace concret du bording home et symbolise en même temps diverses figures humaine.
Il fait voyager dans plusieurs échelles : castelet pour une main, décor pour un corps, échelle surdimensionnée qui en fait un objet théâtral.

Nous abordons la musique , chant et saxophone, au service des citations poétiques et des scènes du prédicateur.
« Hurt » de Johnny Cash, que nous reprenons pour interpréter un poème de William Bake.
« Blue Moon » (citée dans le texte)

Mon Ange, première résidence

Paradise © Anastasia Rudenko

C’est à Fresnes, dans la belle salle de répétition de la compagnie 36 du mois que démarre notre aventure, avec une semaine de lecture, danse, essais, défrichage, prévue en juillet comme porte d’entrée au projet.

Écrivain cubain, censuré par le régime politique qu’il a contribué à instaurer, William Figueras, le narrateur de «Mon Ange», devient fou. Il émigre aux États-unis en espérant y trouver une issue, mais ne peut adhérer au système qu’il y découvre, faits de «triomphateurs» et d’exclus. Il assume alors cette place de déchu, «d’exilé total». Le texte est un court roman autobiographique. Construit comme une tragédie, il se prête au théâtre dans sa forme lapidaire et dialoguée. Il fait vivre une galerie de personnages branques et cabossés, comme la mascarade d’un carnaval funèbre.

Une histoire d’amour surgit dans ce chaos et éclaire la deuxième partie du récit. La poésie, l’écriture, la peinture y apparaissent comme des issues possibles. Après l’effondrement des idéaux, il faut malgré tout donner du sens au geste artistique. C’est ce que fait Guillermo Rosales dans ce récit : l’amitié, l’amour, l’art, n’y sauvent pas, ils aident à survivre, à espérer, à transcender, ils illuminent le destin tragique de l’homme.

Aurélia Labayle,
Aurélie Vilette

– Willy, me dit-il. Partons d’ici !
Je lui demande :
– Pour aller où ?
– À Madrid. En Espagne. Allons voir le Barrio gótico de Barcelone. Allons voir le Greco dans la cathédrale de Tolède !
Ça me fait rire.
– Un jour nous partirons, dis-je en riant.
– Avec cinq mille pesos, pas plus, dit le Noir. Cinq mille pesos ! Nous allons suivre les traces, toutes les traces, de Hemingway dans The sun also rises.
(…)
– Tu verras tout cela, dis-je. Un jour, tu verras !
– Nous allons nous fixer un délais de deux ans, dit le Noir. Dans deux ans, nous partons pour Madrid.
– C’est bien, dis-je. Deux ans. C’est bien.
De nouveau, le Noir me fixe. Il me tapote le genou affectueusement. Je devine qu’il s’en va. Il se lève, prends dans sa poche un paquet de Marlboro presque plein et me le donne. Ensuite il prend deux quoras et me les donne aussi.
– Écris quelque-chose, Willy, dit-il.
– J’essaierai.
Il rit. Il tourne les talons et s’éloigne. Au coin de la rue, il se tourne et me crie quelque-chose. Cela ressemble au fragment d’un poème, mais je n’entends que les mots « poussière », « silhouette », « symétrie ». Rien d’autre.
Je rentre dans le boarding home.