Boîte à paroles à Clichy-sous-Bois

Une sortie de boîtes réussie pour les 10 ans d’ACLEFEU à Clichy sous Bois. Après des ateliers avec un groupe de femmes dans lequel nous avons apporté des objets, raconté des histoires et composé des assemblages d’objets, nous présentons une installation mettant en scène nos travaux. Associations Mimesis et Les Crayons, Aurélia Labayle, François Lamotte, Aurélie Vilette

 

Sortie de boîtes

Sortie de boîtes © Les Crayons

Samedi 14 novembre 2015, notre atelier Boîtes à Paroles fait sa performance de clôture à l’espace Jean Vilar d’Arcueil, à 15 h, dans le cadrede la 2ème édition des Rencontres atypiques / La parole dans tous ses états organisées par l’association Les Débordants.

Sortie de boîtes, c’est une performance comme un numéro de music-hall. Elle raconte une aventure épique, le montage de l’atelier « Boîtes à paroles », atelier d’arts plastiques et d’arts vivants, dans le service de psychiatrie à la personne âgée de l’hôpital Charles Foix : une épopée traversée comme un jeu d’équilibristes par deux comédiennes à la rencontre des arcanes institutionnelles et des protagonistes de l’hôpital.
Une scénographie de boîtes empilées en est le cadre, porteuse des mots, des gestes reçus, d’une traversée sensible.

Aurélia Labayle et Aurélie Vilette, metteuses en scène associées – Jérôme Pellerin, psychiatre hospitalier.

Avec le soutien du conseil général du Val de Marne

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Sorties de Boîtes


Sortie de Boîtes


Performance/Restitution de l’atelier « Boîte à Paroles »
Avec l’association Les Débordants

Espace Jean Vilar

1 Rue Paul Signac, 94110 Arcueil, RER B : Arcueil Cachan

Samedi 14 novembre 2015 – 15h00


Boîte à paroles, l’aventure à l’hôpital

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Carte blanche à Aurélie Vilette et Aurélia Labayle

Metteuses en scène associées – Compagnie Les Crayons

Val de Marne magazine – février 2015

Quel plus beau territoire que l’hôpital pour un voyage artistique funambule comme nous les aimons ! Nous, c’est Les Crayons, une compagnie de théâtre fondée en 2006, ouverte à la création plastique, un compagnonnage d’art vivant dont nous forgeons l’existence à quatre mains.
Après avoir arpenté les couloirs hospitaliers comme clown et y avoir inventé mille scenarii réjouissants, avoir conçu une grande oreille interactive, sculpture animée pour les enfants de l’hôpital Trousseau, avoir initié au cirque et au théâtre enfants des quartiers ou adultes handicapés sous le chapiteau du Cirque 360, nous voici à imaginer un nouveau projet intitulé Boîte à paroles, un dispositif visuel et sonore, un empilement de boîtes comme autant d’histoires individuelles qui trouvent refuge dans ce lieu de vie qu’est l’hôpital.
Pendant huit mois, nous partagerons avec un groupe d’adultes du service de psychiatrie à la personne âgée du Dr Pellerin à Charles-Foix un moment de vie et de création : une invitation à une expression guidée par le plaisir de manipuler et transformer les matériaux, par les mots et les histoires de chacun, par les jeux exploratoires de l’improvisation verbale, chantée ou dansée. Un voyage, des tentatives, un territoire de liberté pour patients, soignants et artistes.
Ce travail d’atelier donnera corps et vie au dispositif imaginé, assemblage de Boîtes à Paroles, jeux protéiformes avec le cadre. Bruno Cabanis, reporter/portraitiste, nous accompagnera pour saisir les personnes au travail et garder trace, visuelle et sonore, de ces rencontres. Le MAC/VAL nous ouvrira plusieurs fois ses portes, à la découverte de ses œuvres et des artistes en résidence, et pourquoi pas, nous en rêvons, pour accueillir l’installation/performance qui exprimera notre parcours.
Ce projet, accompagné par le Conseil général du Val-de-Marne, prendra forme dans toutes ses dimensions avec l’aide des ministères de la Culture et de la Santé qui, avec l’appel à projet « Culture à l’hôpital », rendent possibles de tels partages. Il doit aussi beaucoup à l’enthousiasme et l’adhésion de Marianne Bensaïd, directrice de l’hôpital Charles-Foix.
Parallèlement à ce chantier, nous concevons notre prochain spectacle, Mon Ange, où il est aussi question de marginalité et de création. À suivre !

Boîte à Paroles première

Lundi 27 janvier 2014,

Nous arrivons à l’hôpital Charles Foix. C’est simple nous explique le secrétaire, descendez d’un étage, longez le couloir, tournez à droite, c’est juste après sur votre gauche, dans les quartiers oranges. L’orange ne nous a pas sauté aux yeux. Nous arpentons les magnifiques galeries extérieures, puis des couloirs, des chambres ouvertes, des regards. Nous sommes perdues.
Où se passe la réunion « tour d’horizon » ? « Il n’y a pas d’endroit » nous répond Jérôme Pellerin au téléphone. Nous arrivons. Au milieu d’un cercle, dans le couloir. Enfin, dans l’espace libre, où il y a une télévision éteinte, l’entrée des postes de soin, quelques personnes déjà assises. Hélène Georgiou nous accueille. C’est la cadre infirmière du service de psychiatrie de la personne âgée. Jérôme Pellerin, chef du service, arrive, la réunion commence. Ou plutôt s’installe dans un commencement un peu cahotique. Monsieur C est en peignoir, en émoi. Il s’adresse à une infirmière qui elle même parle à une famille. « Tu viens ? »

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Ce qui frappe immédiatement, c’est la qualité des silences, de l’écoute. Quand une personne occupe le terrain, elle a l’attention de tous. La théâtralité de chaque intervention est aussi incroyablement frappante. Nous apportons le théâtre comme espace de jeu, nous allons en recevoir, et du meilleur.

À partir de là notre projet se met à exister : la rencontre avec l’équipe soignante et les résidants nous traverse. 1 heure de réunion comme un ballet d’émotions et de paroles, d’humour et de mots définitifs.
Des silences, une écoute, les mots voyagent. Des sourires circulent.
Nous présentons nos boites, nos objets, notre projet.
Nous chantons.
Des personnes rejoignent la réunion, l’espace est habité de désir de partir, de construire, de manger, de mourir, de s’organiser …
Silence. On écoute des pas qui traverse le couloir.
Mr R à l’écoute précise « Voilà un pas cadencé…»
Comme un dernier accord.

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Quelques séquences :

Jérôme Pellerin nous présente : « Il y a deux personnes qui sont venues à la réunion : Aurélie Vilette et Aurélia Labayle. Bonjour. Que voulez-vous faire ici Mme Vilette ? de l’animation ? »

Aurélie : « Non, je viens pour vous rencontrer. Vous rencontrer avec le théâtre et la sculpture.» Elle sort des boîtes et des galets.

Monsieur C : « Tu viens !, elle veut pas venir !!»

Madame X : «  C’est difficile, il entre dans toutes les chambres. »

Monsieur C : « Je vais vous dire Messieurs Dames, je vais vous dire ce qui va se passer : je vais mourir. Oui, c’est vrai, je vais mourir ! »

Madame D : «  C’est vrai, c’est difficile. Il entre n’importe quand. Je comprends que ce soit difficile de fermer les portes. Mais on pourrait avoir un petit placard qui ferme à clé. Au moins un petit placard. »

Aurélia parle de ce qu’elle était, comédienne et acrobate dans un cirque. Aurélie a sorti des boîtes, Aurélia pose une balle de jonglage sur le bord. Aurélie lève la boîte et la balle, en équilibre. Moment de suspension, la balle tombe dans la boîte avec un bruit sonore et mat.

Mr A s’exclame : « Elle est tombée. »

Nous chantons une berceuse de Bernard Lubat à deux voix. Mme E chante avec nous, trois voix ténues. Elle ajoute : « C’est bien, elles veulent nous distraire. On en a besoin. On a besoin que des gens viennent nous voir.  »

On entend Mme B : « A quoi ça sert, à quoi ça sert ?…»

Aurélie : « pardon.. je ne vous entend pas.» – se lève et s’assoit à côté d’elle.

Mme B parle un long moment : « Mais on est fou, vous savez on est des fous, on est pas normal, on est malade, vous savez. Parce que le plus dur, c’est qu’on a plus de contact avec l’extérieur, on sert à rien… »

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Aurélie : « Ah oui vous pensez ça, vous pensez qu’on vous voit comme ça ?

Mais vous savez on est peut être un peu fou nous aussi. »

Aurélia : « Oui on sait qu’on vient vous voir à l’hôpital, on vient se rencontrer ici. »

Mme E : « oui on sert à rien, c’est ça qui est dur. On est à l’écart. »

Aurélia : « oui.. Quand j’étais au cirque en caravane, j’étais contente quand on venait me rendre visite. Un jour vous viendrez dans un théâtre ou un cirque et ce sera plus chez nous. »

Mme B en touchant et remuant sa canne: « On est complètement rejeté, ici, c’est spécial, personnes vient nous voir. Ma fille était ouvreuse dans un théâtre à la comédie française. Elle ne m’a jamais invitée. C’est pas la peine, si on est comme dans les camps de concentration, comme pendant la guerre, franchement il n’y a plus rien à faire, on sert à rien, c’est comme dans les camps. »

Mme F sourit, et gratte du bout du doigt son pantalon. Elle murmure : « Oui c’est vrai on est fou. Oui c’est vrai, des fois on est fou. »

Mme E reprend la parole : « Ce qui serait bien, ce serait que l’on puisse afficher les menus à l’avance. »

Mr Pellerin : « C’est une très bonne idée. Qui pourrait s’en occuper ? »

Madame E :  » Sur une feuille à afficher.. pour qu’on soit au courant de ce qu’il y a, comme dans les collectivités, comme dans les écoles, je crois que ce n’est pas compliqué ». Elle cherche l’adhésion auprès de l’infirmière à côté d’elle à chaque phrase.

Une femme en chaussons traîne ses pieds et traverse le couloir.

– Mr Pellerin : » Oui mais qui pourrait écrire cette liste ? « , « Quelqu’un pourrait aller voir le cuisinier pour lui demander. »

Madame E :  » Oui, juste une liste à afficher dans le couloir « .

Madame Y :  » Moi j’étais économe dans une colonie de vacances et on élaborait les menus avec les gens. Il fallait discuter les menus, les décider à l’avance.  »

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Mme E conclut : Mais qu’attendez-vous de nous docteur ? Vous voulez que nous soyons autonomes c’est ça ?

Madame G arrive avec sa valise et son manteau sur le bras, ne dit rien, traverse le cercle de la réunion, s’assoit jambes croisées. (petit tailleur, petite tenue d’avant guerre).

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Une infirmière annonce qu’un résidant du service est en train de monter aux grilles dans le parc derrière le bâtiment.

Madame G se lève brusquement et sort.

Monsieur U ouvre les yeux et la bouche, puis les referme.

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Madame G revient, toujours avec sa valise, et va s’assoir.

Un peu plus tard, Mr C revient aussi et l’interpelle : « Tu viens ? Allez, viens maintenant. »

Arrive Monsieur V, son entrée coupe court à toutes les conversations.

Madame B :  » Mais vous marchez ! »

Monsieur V observe chacun avec un sourire : « J’ai dormi. »

Il découvre Madame F, récemment arrivée dans le service.

Monsieur V : « Vous avez de très jolies pommettes. »

Silence.
Des pas résonnent dans le couloir.

Monsieur R: « Voilà un pas cadencé. »

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Étaient présents: Mr A : «qui fait quoi ?», Mme B : « on est fou vous savez. » , Mr C : « Tu viens ? », Mme D : « C’était dégueulasse ce midi »; « C’est vrai j’ai de la chance », Mme E : « Pouvoir fermer au moins 1 placard à clé… » « Il faudrait afficher les menus, faire une feuille qu’on affiche, comme on fait partout, comme à l’école.. », Mr U : yeux fermés et bouche en U inversée à l’écoute, Mme F avec un petit châle : »Oui c’est vrai des fois on est fou », Mme G : avec son manteau sur le bras et sa valise à la main, Mr V : « Vous avez se très jolies pommettes. » Mme W :  » Je vous pardonne. »
Et Jérôme Pellerin, et Hélène Georgiou, et de nombreux membres de l’équipe, à l’écoute et discrets à la fois.

Aurélia Labayle
Aurélie Vilette

Dessins Aurélia Labayle

Boîte à Paroles : pitch, speak, wizzz !

Construction – Éphémère –

Boîte à Paroles est un atelier s’adressant à un groupe d’adultes âgés à l’hôpital. Il a pour vocation de faire naître une expression personnelle et poétique en jouant avec des matériaux, des objets du quotidien, et en les agençant avec des boîtes. L’objet est un catalyseur d’imaginaire, un porteur de souvenir. La boîte est un espace de projection, un jeu avec le cadre.

Autour de ces oeuvres en volume, des jeux de langage sont proposés, ouvrant à des histoires, des témoignages, des chansons. C’est un moment où cohabitent la construction et l’éphémère.

Les arts plastiques mettent en éveil les sensations et l’usage des mains chez des personnes qui en sont beaucoup coupés. Les arts vivants mettent en relation les participants, développent les échanges. Les deux pratiques, complémentaires, interagissent, dans une écoute de la personne et de ses potentialités créatives.

Ce travail s’appuie sur la rencontre de plusieurs artistes qui se sont inspirés du thème de la collecte : Alexander Calder, Annette Messager, Marie Morel, Christian Boltanski, Agnes Varda, Noëlle Renaude, Georges Perec.