LES CRAYONS Compagnie de théâtre, mine de spectacles et d'idées visuelles.

Mon Ange, regard de François Lazaro

Mon Ange - photo Clastic Théâtre © Les Crayons

Un très beau texte de François Lazaro sur notre travail :

«Après plusieurs étapes dans le cadre du laboratoire Clastic, qui a vu se développer les différentes phases de leur travail, Aurélia LABAYLE et Aurélie VILETTE, accompagnées de Lionel BANEVITCH, présentent leur adaptation de Mon Ange, de Guillermo Rosales.
Seules avec une forêt de chaises convoquées une à une, les deux femmes portent ce récit, scrutant les mots par leur corps, mais aussi par les chaises peuplées de présences fantômes.
Passeuses de texte, passeuses de vie aussi, d’une vie aux limites du raisonnable, du supportable elles auscultent le texte de Guillermo Rosales. Deux voix de femmes pour porter une voix d’homme, deux femmes qui entendent de l’intérieur, avec leurs tripes, leur rythme, leurs doutes aussi. Un travail qui sans être un travail sur la marionnette s’en approche dangereusement en quêtant des présences désincarnées.
Le Clastic théâtre soutient ce beau travail exigeant.»

François Lazaro, directeur artistique du Clastic Théâtre, 20 mars 2017

 

Photo François Lazaro, présentation Labo Clastic

Rentrée…

Crayons sculptés © Dalton Ghetti

Dalton Ghetti, charpentier dans le Connecticut, a délicatement sculpté cet alphabet sur crayons. Trop beau non ?
Crayon sculpté © Dalton Ghetti

Crayon sculpté © Dalton Ghetti

Crayon sculpté © Dalton Ghetti

Mon Ange – intentions

Mon Ange © Les Crayons - photo : Bruno Cabanis

Deux interprètes, un fauteuil cassé et un musicien nous parlent d’un homme qui dit JE et qui tente, par ce JE posé sur le papier, de recommencer à écrire.
De ces présences qui oscillent sans cesse de l’incarnation à la distance, naîtront la figure de cet homme perdu, au regard sans concession. Il raconte un univers de marge et de misère, vit une amitié qui le sauve et un amour qui le transfigure. Il est à l’extérieur du monde avant d’en redevenir partie prenante.
S’incarneront, par la force d’évocation de quelques chaises cassées et d’un théâtre gestuel et dansé des rapports violents, une lutte à la vie à la mort pour être libre.
À l’écriture collage de Rosales, répondra notre matière de plateau faite elle aussi de tuilages et de cuts. Gestes, danses, scènes réalistes, jeux avec les objets, seront autant de matériaux pour évoquer les rêves racontés, les rencontres furtives, les visions poétiques qui s’enchaînent au rythme haletant du roman.
C’est un théâtre où Fellini rencontrerait Cassavetes ; où les silhouettes cabossées et tendres du boarding home côtoient le mépris du propriétaire du lieu, la brutalité du gardien, l’indifférence de médecins complaisants, mais aussi la générosité d’un ami ou d’un patron de café, et l’immense fragilité d’une femme qui se révélera aussi artiste et amoureuse.
C’est un théâtre où du sépia dénudé d’un espace vide peut naître la couleur. Corps et objets deviennent une même matière, décalée et concrète à la fois, pour faire exister nos émotions de lectrices et passeuses.
Il y a nécessité vitale à écrire pour ne pas mourir dans Mon Ange, et cette nécessité, cette mise en danger nous renvoie à nous-mêmes. Une des dernières phrases du roman est une citation de William Blake : « La prudence est une vieille fille riche et laide que l’incapacité courtise. ». Nous-nous la répétons tous les matins.

 

Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno CabanisMonAnge-racket
Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno CabanisMon Ange © Les Crayons - photo Bruno CabanisMon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis
Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis  Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis
Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis

Photos Bruno Cabanis à Anis Gras

Mon Ange – propos

Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis
Mon Ange, c’est l’histoire d’un exilé, un « exilé total » comme se décrit William Figueras, double de l’auteur, Guillermo Rosales.
Écrivain cubain, censuré par le régime auquel il a adhéré, devenu fou, il fuit aux États-Unis et échoue dans un «boarding home» de Miami, lieu de vie pour exclus de tous bords, entre enfer de Dante et nid de coucou : vieux, fous, handicapés mentaux, exclus de la révolution, bourgeois, communistes et anti-communistes y partagent un quotidien terrifiant. Proches de Beckett, les personnages sont drôles et cauchemardesques, beaux et difformes, tendres et violents.
La première partie s’écrit comme une autobiographie au cordeau. Les phrases sont denses et sèches pour parer au chaos qui règne. Un chaos d’où naît la violence. L’auteur y interroge sa perpétuation inévitable. C’est l’écriture d’un homme empêché d’écrire, qui ne trouve sa place ni dans le monde d’où il vient ni dans le beau pays américain des «triomphateurs».
Puis, Mon Ange devient l’histoire d’un homme qui se bat pour revivre, dans la débâcle de ses convictions et de sa raison.
La rencontre avec Francine, une femme dessinatrice nouvelle venue au boarding home, rend possible un espoir d’échappée belle, une renaissance.
L’écriture devient fluide, la pensée et l’imaginaire s’ouvrent sur l’aventure, l’épopée, le polar ; la fable évoque alors Kaurismaki, où se côtoient la plus dure réalité, la féérie et la délicatesse possible des rapports humains.
Il ne restera comme trace de cette histoire que les dessins de Francine, ou ce livre, Mon Ange. Ils racontent la nécessité d’aimer et de créer comme seules sources de liberté possibles, et échappatoires transitoires à la condition humaine.

Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno CabanisMon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis
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MonAnge-reyes-2 Mon Ange © Les Crayons - photo Bruno Cabanis

Photos Bruno Cabanis à Anis Gras